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Lorsque l'essentiel est exprimé avec le minimum de moyens, c'est qu'on a rencontré un artiste authentique. La force une oeuvre de Jean Suzanne tient à ce que leurs relations avec l'espace qui les accueille semblent aller d'elles-mêmes, sans procédés aguicheurs, sans ces facilités de bavardages qui veulent faire oublier que l'on n'a rien à dire.

Là, point de bavardages. Nous sommes confrontés à des évidences à venir de toute éternité. Et précisément le propos de Jean Suzanne nous conduit à interroger sinon l'éternité, du moins sa nature, quand il nous propose ses "archéologies futures".
Un propos simple dont la puissance créatrice ramenée et ramenant à des clartés et des ombres, convoque l'oeil de reflets en abîmes et le désir de la main par des surfaces lisses ou rugueuses qui appellent la caresse. Propos simples comme le Cosmos.

Nulle froideur dans les encastrements, les ajustements, les juxtapositions d'aciers voire de bois. Leurs élans ont la justesse des droites et la douceur des courbes esquissées. Alors que les matériaux utilisés sont, la plupart du temps, éloignés du règne du vivant, Jean Suzanne - Héphaïstos maîtrise la magie de la forge par laquelle la vie irrigue de nouveau, par ses foudres, des géologies apparemment fossilisées.
Sans doute la matière minérale utilisée nous renvoie-t-elle aux archétypes de la "terre mère", dans ses origines et ses jaillissements, ses resserrements ou ses envols mais, lignes, surfaces et volumes nous conduisent loin des débordements dans le ressenti d'une sensualité contenue, où douceur et violence sont en dialogue harmonique.

Du jaillissement magmatique, ou de l'écrasement sédimentaire, Jean Suzanne a su garder la force et, par la maîtrise du contrepoint, la canaliser dans un propos de culture résolument humaniste. Entre ciel et terre, il peuple l'empire du milieu, le monde des êtres humains de questions qui tissent des liens entre le haut et le bas et qui, loin de délivrer des réponses, sont la source d'autres questionnements.
Voilà des oeuvres qu'on aimerait emporter avec soi comme on emporte un livre de chevet pour les feuilleter à loisir.
Dolmens, alignements, girouettes et coups d'ailes, fontaines et buissons-ardents, stèles gravées, de beaux compagnons pour la route


                                                                                                 
                                                                          Jean-Marc Riquier
                                                                        “ Poète ”